
Après sa sélection en compétition à la Berlinale 2026 et son prix FIPRESCI, Soumsoum, la nuit des astres, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun, arrive en Afrique francophone le 9 octobre 2026. Dans les paysages du nord-est du Tchad, le cinéaste raconte l’émancipation de Kellou, une jeune femme confrontée aux croyances, aux secrets et aux règles de sa communauté.
Il y a des films qui racontent un territoire. Et puis il y a ceux qui cherchent à en révéler les mystères.
Avec Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun s’aventure du côté du fantastique et des récits fondateurs pour raconter l’histoire de Kellou, une jeune femme dont le regard sur le monde va progressivement se transformer.
Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2026, le film y a remporté le prix FIPRESCI. Il poursuit désormais son parcours auprès des publics africains avec une sortie en Afrique francophone annoncée le 9 octobre 2026.
Kellou, une jeune femme qui apprend à regarder autrement
Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas.
Sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, va bouleverser sa manière de regarder son passé, ses rêves et le village dans lequel elle vit. Lorsque le chef du village cherche à chasser Aya, Kellou décide de prendre sa défense. Un choix qui l’oppose progressivement à une communauté dominée par la peur et la colère.
À travers cette relation entre les deux femmes, le film construit une histoire d’initiation. Kellou ne découvre pas seulement un autre monde : elle apprend à porter son propre regard sur celui qui l’entoure.
Dans son entretien autour du film, Mahamat-Saleh Haroun explique que Kellou « apprend à voir », dans une forme d’initiation où elle commence à construire sa propre perception du monde.
L’Ennedi comme un personnage à part entière
Pour ce nouveau film, le réalisateur tchadien a quitté N’Djamena pour tourner dans le plateau de l’Ennedi, dans le nord-est du pays.
Mahamat-Saleh Haroun raconte avoir été immédiatement frappé par ces paysages et par l’impression que ces montagnes pouvaient elles-mêmes observer le vivant. Cette dimension du décor a profondément nourri son récit.
Mais le cinéaste ne voulait pas simplement transformer l’Ennedi en décor spectaculaire.
À l’image, il cherche un équilibre entre la majesté des paysages et la beauté des visages. Les rochers eux-mêmes deviennent progressivement des présences, presque des personnages, particulièrement dans la dernière partie du film.
Cette relation entre le personnage et son environnement est donc au cœur de la mise en scène : Kellou évolue dans un paysage qui semble porter sa propre mémoire.
Quand le fantastique devient une autre manière de raconter le réel
Avec Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun assume une incursion plus importante dans le fantastique.
Le réalisateur explique que ce registre lui permet de raconter son monde en s’affranchissant du seul regard réaliste. Pour construire cet univers, il s’est notamment appuyé sur les légendes et les récits de son enfance, ainsi que sur les croyances populaires de la région de l’Ennedi.
Le film ne cherche donc pas nécessairement à distinguer strictement ce qui relève du réel et ce qui appartient au merveilleux.
La « Nuit des astres » elle-même est présentée comme une réalité réinventée par le cinéaste à partir de récits et de traditions.
Cette approche permet à Haroun de construire une mythologie personnelle, nourrie par les récits traditionnels tout en restant profondément liée aux questions contemporaines de son pays.
Deux femmes face aux règles de la communauté
La relation entre Kellou et Aya constitue l’un des cœurs du film.
Toutes deux portent une histoire marquée par le mystère de leurs origines. Kellou n’a pas connu sa mère, morte en la mettant au monde. Aya, de son côté, a été conçue pendant la « nuit des astres », un rituel préislamique, et ignore elle aussi l’identité de son père.
Mais leur histoire est aussi celle de deux femmes confrontées au regard d’une société patriarcale.
Mahamat-Saleh Haroun explique notamment que les femmes seules ou indépendantes ont souvent été rejetées dans son environnement d’enfance. À travers Aya, il voulait ainsi faire émerger une figure porteuse d’une connaissance ancienne, capable de transmettre à Kellou une autre compréhension de son histoire et du monde.
Leur relation devient alors une histoire d’amitié, d’affection et de transmission.
Et c’est cette transmission qui permet à Kellou de commencer à porter un regard critique sur sa propre communauté.
Une réflexion sur les origines et sur ce qui nous relie
Le film élargit progressivement son propos.
À travers les croyances, les morts, les légendes et la mémoire préislamique, Mahamat-Saleh Haroun interroge le rapport de l’être humain à ses origines.
Le réalisateur évoque notamment la proximité du tournage avec le lieu où a été découvert Toumaï, le Sahelanthropus tchadensis. Pour lui, cette région rappelle une histoire de l’humanité qui dépasse largement les frontières du Tchad.
Cette idée rejoint l’une des réflexions centrales du film : celle d’un monde dans lequel les êtres vivants sont liés les uns aux autres.
Mahamat-Saleh Haroun revendique cette dimension philosophique, proche de l’animisme ou du panthéisme, dans laquelle l’être humain n’est pas séparé du reste du vivant.
Mahamat-Saleh Haroun poursuit une œuvre profondément ancrée dans le continent

Avec Soumsoum, la nuit des astres, le cinéaste tchadien poursuit une œuvre construite depuis plusieurs décennies autour des réalités de son pays et de questions humaines universelles.
Réalisateur de Bye Bye Africa, Daratt, Un homme qui crie, Grigris ou encore Lingui, les liens sacrés, Mahamat-Saleh Haroun a notamment reçu le Prix du Jury au Festival de Cannes pour Un homme qui crie en 2010. Lingui, les liens sacrés avait quant à lui été présenté en compétition officielle à Cannes en 2021.
Pour Soumsoum, il retrouve notamment Achouackh Abakar Souleymane, qui interprète Aya, après leur collaboration sur Lingui, les liens sacrés. Ériq Ebouaney incarne quant à lui Garba, le père de Kellou. Le rôle principal est interprété par Maïmouna Miawana.
Un film remarqué à Berlin
Avant son arrivée en Afrique francophone, Soumsoum, la nuit des astres a déjà connu un important parcours international.
Le film a été présenté en compétition officielle à la Berlinale 2026, où il a remporté le prix FIPRESCI.
Achouackh Abakar Souleymane a également été nommée aux Sotigui Awards pour le Sotigui d’Or, le Sotigui du Public Africain et le Sotigui du Meilleur Acteur de l’Afrique centrale.
La presse française a également salué le film. Le Parisien parle d’une « pépite mystique et sociale », tandis que Cahiers du Cinéma met notamment en avant la puissance des décors et le basculement progressif de l’œuvre vers le fantastique et l’abstraction.
Un nouveau regard sur le Tchad
Avec Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun ne cherche donc pas seulement à raconter une histoire située dans un village du Tchad.
À travers Kellou et Aya, il explore la mémoire, les croyances, les rapports de pouvoir, la transmission et la relation entre l’être humain et son environnement.
Le réalisateur revendique d’ailleurs la possibilité pour un cinéaste africain de s’emparer pleinement de la fiction et du fantastique, sans être constamment ramené à l’obligation de représenter l’Afrique sous le seul prisme du réel.
Après son passage remarqué à Berlin, Soumsoum, la nuit des astres poursuit ainsi son voyage vers les publics africains. Le film est annoncé en sortie en Afrique francophone le 9 octobre 2026.
Fiche du film
Titre : Soumsoum, la nuit des astres
Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun
Scénario : Mahamat-Saleh Haroun, Laurent Gaudé
Pays : France – Tchad
Genre : Drame
Durée : 101 minutes
Sortie en Afrique francophone : 9 octobre 2026
Distribution : KMBO
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