
Ils ne font pas tous le même métier. Ils ne viennent pas du même pays et ne racontent pas les mêmes histoires. Mais ils ont un point commun : chacun, à sa manière, contribue à faire grandir le cinéma africain, à renforcer sa visibilité et à ouvrir de nouvelles perspectives.
Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, du Cameroun au Nigeria et à la République démocratique du Congo, CineAfriqueMedia met en lumière cinq cinéastes africains dont le travail mérite d’être suivi.
Cette sélection est éditoriale. Elle ne prétend pas établir un classement des “meilleurs” professionnels du continent, mais mettre en avant cinq parcours qui apportent une valeur particulière au cinéma africain.
Alain Gomis — Porter le cinéma africain sur les grandes scènes internationales

Avec Alain Gomis, nous sommes face à un cinéaste Africain dont le parcours rappelle que le cinéma africain peut aussi s’imposer par la singularité artistique et l’exigence d’auteur.
Réalisateur et scénariste franco-sénégalais, il poursuit une œuvre construite autour de récits intimes, de questions d’identité, de mémoire et de transmission.
Son actualité récente confirme cette continuité.
Son film Dao, réalisé et écrit par Alain Gomis, a été présenté en compétition à la Berlinale en 2026. Le film suit Gloria, une femme confrontée à son histoire familiale entre la France et la Guinée-Bissau.
Ce type de parcours est important pour le cinéma africain : il montre qu’il est possible de défendre une écriture personnelle tout en inscrivant les récits africains dans les grands rendez-vous du cinéma mondial.
Alain Gomis représente ainsi une génération qui a contribué à faire évoluer le regard porté sur les cinématographies africaines.
Sa valeur ajoutée : défendre un cinéma africain exigeant, personnel et capable de dialoguer avec le cinéma international.
Hervé Moukoko — Construire des passerelles pour le cinéma africain

Le parcours d’Hervé Moukoko illustre une autre manière de faire avancer le cinéma africain : produire, créer, transmettre et créer des espaces de rencontre.
Réalisateur et producteur, il est notamment cofondateur et producteur de La Semaine du Cinéma, un festival international itinérant qui contribue à faire circuler les œuvres et les professionnels dans différents espaces africains.
Son parcours l’a également conduit à travailler dans la production audiovisuelle et à participer au développement de médias panafricains.
En septembre 2026, il a ainsi été nommé directeur exécutif de Nbiko TV, après avoir dirigé la production de la chaîne depuis son lancement. Sa nouvelle mission vise notamment à renforcer les processus de production et le développement d’un réseau panafricain.
Ce qui rend son profil intéressant, c’est donc cette capacité à naviguer entre création, production, événementiel et développement des industries culturelles.
Sa valeur ajoutée : créer des infrastructures et des espaces qui permettent aux talents africains de mieux circuler.
Lire aussi ( Hervé Moukoko: de la caméra à la direction, le parcours d’un bâtisseur du cinéma africain )
Tzipporah MAYALA — Penser le cinéma africain comme une véritable industrie

Parler de cinéma africain ne signifie plus seulement parler de réalisateurs, d’acteurs ou de films.
Il faut aussi parler de ceux qui travaillent à construire l’écosystème autour des œuvres.
C’est précisément l’un des terrains sur lesquels évolue Tzipporah MAYALA.
Fondatrice et dirigeante de L’Étoile de l’Afrique, elle travaille sur la production, la distribution, la circulation des œuvres et la structuration des industries créatives africaines. Son approche dépasse donc la seule création artistique : elle cherche à renforcer la capacité des œuvres africaines à être produites, diffusées, découvertes et valorisées.
Son travail autour de la souveraineté narrative ajoute une autre dimension à cette réflexion.
Pour elle, raconter l’Afrique ne suffit pas. Il faut également que les créateurs puissent mieux maîtriser les conditions dans lesquelles leurs histoires circulent.
À travers des initiatives comme le Narrative Sovereignty Summit, l’African Audiovisual Observatory ou encore le L’Étoile de l’Afrique Film Market, elle participe à poser des questions essentielles sur l’avenir de l’audiovisuel africain.
Sa valeur ajoutée : contribuer à penser et structurer l’industrie au-delà du film lui-même.
Akinola Davies Jr. — Quand une histoire nigériane atteint Cannes

Impossible de parler des talents africains qui donnent de la valeur au cinéma sans regarder ce qui se passe du côté du Nigeria.
Akinola Davies Jr. s’est particulièrement distingué avec son premier long métrage, My Father’s Shadow.
Présenté à Cannes en 2025 dans la section Un Certain Regard, le film a reçu une mention spéciale de la Caméra d’or.
Le film nous emmène à Lagos en 1993, pendant la crise électorale, à travers l’histoire d’un père et de ses deux fils.
Mais au-delà de cette reconnaissance internationale, le parcours de Davies Jr. est intéressant parce qu’il montre comment une histoire profondément nigériane peut trouver sa place dans les grands circuits internationaux sans perdre son identité.
À travers son premier long métrage, le réalisateur propose notamment une réflexion sur la famille, la paternité et la mémoire.
Sa valeur ajoutée : ouvrir une nouvelle fenêtre internationale sur les récits nigérians et sur une autre manière de regarder le Nigeria.
Salif Koné — Produire, écrire, réaliser et jouer ses propres histoires

Le parcours de Salif Koné, connu également sous le nom de Salyf-fou, représente une autre dynamique : celle d’une génération qui refuse de choisir entre les différents métiers du cinéma.
Producteur, réalisateur, scénariste et acteur ivoirien, il a commencé par des courts métrages diffusés en ligne avant de passer au long métrage. Certains de ses premiers travaux ont rencontré un public important sur Internet.
En 2025, il franchit une nouvelle étape avec Au-delà des illusions, un thriller dramatique qu’il a écrit, produit et réalisé.
Le film raconte l’histoire de deux jeunes d’Abidjan dont la vie bascule après la découverte d’un sac contenant de la drogue. Il a notamment circulé dans plusieurs festivals et a été présenté au public de Bangui en décembre 2025.
Son parcours montre surtout l’importance de l’autonomie créative.
Sa valeur ajoutée : démontrer qu’une nouvelle génération africaine peut investir plusieurs métiers et construire elle-même ses projets.
Cinq parcours, cinq manières de faire avancer le cinéma africain
Ce Top 5 montre finalement une chose : donner de la valeur au cinéma africain ne signifie pas uniquement réaliser un grand film.
Cela peut aussi vouloir dire produire, distribuer, former, créer des festivals, développer des infrastructures, défendre une écriture personnelle, faire circuler les œuvres ou encore amener une histoire africaine vers de nouveaux publics.
Tzipporah Mayala travaille sur la structuration et la souveraineté narrative. Hervé Moukoko crée des passerelles entre les professionnels et les publics. Alain Gomis défend un cinéma d’auteur reconnu internationalement. Salif Koné incarne une génération qui veut prendre en main plusieurs étapes de la création. Akinola Davies Jr. démontre, avec My Father’s Shadow, que les récits nigérians peuvent continuer à surprendre les grandes scènes internationales.
Ils ne représentent évidemment pas à eux seuls le cinéma africain.
Mais leurs parcours rappellent une évidence : le cinéma africain ne manque pas de talents. Il construit aussi, progressivement, les outils nécessaires pour mieux les faire connaître.
Cineafriquemedia, la vitrine du cinéma Africain