HomeBlogCinema AfricainHarvin Isma : « Le cinéma congolais n’est pas embryonnaire, il a plus de 50 ans d’histoire »

Harvin Isma : « Le cinéma congolais n’est pas embryonnaire, il a plus de 50 ans d’histoire »

Harvin Isma, acteur cinéma  Congolais

L’interview de Harvin Isma sur le cinéma Congolais offre un regard rare sur une industrie culturelle en pleine mutation. Acteur, formateur et entrepreneur culturel, il refuse l’idée d’un cinéma « embryonnaire » et défend une création congolaise forte de plus de 50 ans d’histoire. Entre défis économiques, manque d’infrastructure et espoir panafricain, son témoignage éclaire l’avenir du 7èm art au Congo.

Qui est Harvin Isma ?

Je suis Harvin ISMA, acteur comédien, entrepreneur culturel et gérant de la maison de production Avema Group Productions, une structure dédiée à la production, à la formation et à la promotion des initiatives culturelles. Je fais du cinéma et du théâtre, je suis formateur et coach en jeu d’acteur, metteur en scène, directeur d’acteurs et scénariste à mes heures perdues. Je suis également coordonnateur du Gros Plan Festival.

Comment es-tu entré dans le cinéma ?

Si je fais du cinéma aujourd’hui, c’est en partie grâce à une personne que je considère comme mon mentor : Michael Gandoh, délégué du Gros Plan Festival et réalisateur de films à succès comme Alicia.
À l’époque, intégrer une vraie formation professionnelle n’était pas facile. Le milieu était fermé. Sa confiance m’a permis de considérer le cinéma comme un métier à part entière.

Mais l’histoire commence bien avant. Enfant, j’étais fasciné par les séries africaines : Kadi Jolie, Ma Famille, Les Bobodioufs… Je pouvais discuter d’une scène pendant des heures sans savoir que j’étais déjà amoureux du 7ᵉ art. Un jour j’ai compris qu’il fallait se battre pour ses rêves et créer des modèles pour une industrie cinématographique congolaise solide.


Quels ont été les moments clés de ta carrière ?

Parmi les plus marquants :

Harvin Isma comme tête d'affiche du film Diboulou
  • Mon premier rôle dans le film Diboulou
  • Ma première récompense au FICOMP 2018 (meilleure interprétation masculine)
  • Un trophée international au Cameroun au FICIB
  • Les films panafricains Niamo et Nouvelle vie
  • Ma participation comme membre du jury au Togo et au FICKIN
  • Mes débuts comme formateur en jeu d’acteur
  • L’écriture de mon premier long-métrage
  • Le film Kundu et de nombreux tournages inoubliables

Comment vois-tu l’état actuel du cinéma congolais ?

Je suis contre l’idée que le cinéma congolais serait « embryonnaire ».
Il a plus de 50 ans d’histoire et continue de marquer l’industrie africaine avec des œuvres de référence.

Notre cinéma est :

  • une créativité née de la débrouille
  • des histoires ancrées dans les réalités urbaines
  • un mélange de musique, d’humour populaire et de culture – notamment la SAPE
  • un miroir authentique de la société congolaise

Quels sont les grands défis ?

Ils sont nombreux :

  • manque de financements publics
  • absence de salles dédiées
  • peu d’écoles spécialisées
  • difficultés de diffusion et distribution
  • faible visibilité médiatique
  • absence d’un cadre légal clair

À cela s’ajoute la domination du cinéma occidental qui oblige les créateurs à se battre pour imposer une voix authentique 100 % congolaise.

Peut-on vivre du cinéma au Congo ?

Comme partout en Afrique, le cinéma peine à trouver un modèle économique.
Il faut développer :

  • des contrats publicitaires
  • des séries fortes
  • des collaborations entre maisons de production

Nous avons les capacités, mais sans accompagnement institutionnel, c’est un combat permanent.

Cinéma congolais et diaspora : quelle relation ?

On me disait : « Ne dis pas cinéma congolais, dis Cinéma Africain sinon personne ne regardera ».
Je réponds : seul le travail valorise l’homme. Un bon film trouve toujours son public, ici comme à l’international. Il faut impacter par la qualité, pas par les étiquettes.

Comment vois-tu l’avenir ?

Je suis très optimiste. Mais nous devons arrêter la politique de la main tendue : le cinéma a besoin d’argent, de vraies politiques publiques et d’investissements à toutes les étapes.

Quels rôles rêves-tu d’incarner ?

Des rôles de transformation, où l’on m’oublie complètement, des grandes personnalités congolaises pour révéler notre richesse historique au monde.

Tes projets ?

Je travaille sur :

  • un long-métrage en développement
  • une série policière
  • des masterclass
  • un livre sur le jeu d’acteur
  • la saison 2 d’une série

Ton message aux jeunes?

Faire du cinéma au pays est difficile.
Il faut :

  • patience
  • rigueur
  • formation
  • respect des aînés

L’amateurisme n’a pas sa place dans le cinéma.

À travers cette parole engagée, Harvin Isma rappelle une vérité essentielle : le cinéma congolais n’est pas un rêve naissant, mais un héritage vivant qui cherche encore ses moyens. Entre passion, débrouille et vision, une nouvelle génération se lève pour écrire l’avenir du 7ᵉ art au Congo et en Afrique.

6 thoughts on “Harvin Isma : « Le cinéma congolais n’est pas embryonnaire, il a plus de 50 ans d’histoire »

  1. Harvin Isma est l’un des meilleurs acteurs de la République du Congo, son talent et ses performances dans les rôles qu’il a incarnés dans ses anciens films sont tout simplement remarquables. Son jeu d’acteur dans la série à succès Mada, où il interprète le rôle de Doc Dubien, est particulièrement impressionnant, c’est un grand travailleur. Félicitations, mon vieux !

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