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Cannes 2026: « Le cinéma Africain doit raconter ses propres réalités » Amadou Oury Bah

Amadou Oury Bah au festival de cannes 2026

Présent au Festival de Cannes 2026 au sein de la délégation guinéenne, Amadou Oury Bah, directeur du festival Les 7 Jours du 7e Art, s’est confié à Cineafriquemedia sur l’évolution du cinéma Africain, les défis du cinéma guinéen et la place grandissante des créateurs africains dans les grands rendez-vous internationaux.

À travers cet entretien, le responsable culturel guinéen livre une vision ambitieuse d’un cinéma africain plus structuré, plus visible et davantage connecté aux dynamiques internationales.

Que représente votre présence au festival de Cannes 2026 pour vous et pour le cinéma guinéen ?

Je tiens avant tout à remercier Cineafriquemedia pour son engagement constant en faveur de la promotion des talents et des projets du cinéma africain, ainsi que l’Ambassade de France en Guinée et le Centre Culturel Franco-Guinéen qui ont contribué à rendre cette présence possible.

Ma participation à la 79e édition du Festival de Cannes représente une immense fierté, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle symbolise le chemin parcouru au sein de l’industrie cinématographique et constitue également une reconnaissance du travail accompli par toute l’équipe du festival Les 7 Jours du 7e Art.

Au-delà de ma personne, cette présence reflète les efforts de tous ceux qui œuvrent depuis plusieurs années à la construction et au rayonnement d’une véritable vision pour le cinéma guinéen.

Cette année encore, le cinéma africain marque fortement les sélections parallèles du festival. Comment analysez-vous cette évolution ?

Même en l’absence de films africains dans certaines grandes compétitions officielles, il est aujourd’hui impossible d’évoquer le cinéma mondial sans parler des cinémas africains.

Le continent connaît une dynamique créative remarquable, portée par une nouvelle génération de réalisateurs, producteurs et scénaristes qui proposent des récits puissants, authentiques et universels.

Cette évolution s’explique également par les politiques culturelles mises en place dans certains pays africains ainsi que par le développement progressif des structures de soutien à la création.

Pensez-vous que le regard du monde sur le cinéma africain est en train de changer ?

Oui, incontestablement. Le regard porté sur le cinéma africain évolue de manière très positive.

Aujourd’hui, les professionnels internationaux découvrent la richesse des histoires africaines, la diversité des regards et l’immense créativité portée par les talents du continent.

Les nouvelles générations de cinéastes africains osent raconter leurs réalités avec ambition, modernité et liberté artistique, sans complexe et sans limite.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis du cinéma guinéen ?

Les défis restent importants, même si une dynamique encourageante est en train de se construire.

Le premier enjeu concerne la formation. Il est essentiel de renforcer les compétences à tous les niveaux de la chaîne cinématographique : réalisation, production, écriture, technique, distribution et exploitation.

Le deuxième défi est celui de la production. La Guinée doit progressivement augmenter sa capacité de production afin de créer des œuvres ambitieuses capables de circuler à l’international.

Enfin, la question des infrastructures demeure centrale. Le pays manque encore de salles de cinéma et d’espaces de diffusion adaptés.

Nous saluons les efforts engagés par les autorités, notamment autour du projet de Cinéma Center, qui constitue une avancée importante pour l’industrie nationale.

Cependant, il est indispensable d’élargir cette vision à l’ensemble du territoire national, car le développement du cinéma guinéen ne peut pas se limiter à Conakry.

Je tiens également à saluer le rôle majeur du Centre Culturel Franco-Guinéen, qui demeure aujourd’hui un espace essentiel pour la diffusion cinématographique en Guinée.

À travers le festival Les 7 Jours du 7e Art, quelle vision Amadou Oury Bah porte pour le développement du cinéma en Guinée ?

Depuis sa création, Les 7 Jours du 7e Art porte l’ambition de devenir une plateforme majeure de rencontres, de diffusion et d’échanges autour du cinéma africain.

Notre volonté est de rapprocher les œuvres du public, de favoriser les rencontres professionnelles entre cinéastes d’Afrique et d’ailleurs, mais également de créer des opportunités concrètes pour les talents émergents.

Nous souhaitons contribuer à la structuration de l’écosystème cinématographique guinéen tout en inscrivant la Guinée dans les grands réseaux culturels et cinématographiques africains et internationaux.

Pensez-vous que l’avenir du cinéma africain passe par une dynamique panafricaine ?

Absolument. L’avenir du cinéma africain repose nécessairement sur une dynamique de collaboration et de coproduction entre les pays du continent.

Le cinéma est un secteur fondé sur les échanges, les réseaux et les partenariats. Les collaborations africaines permettront de mutualiser les compétences, les ressources et les marchés afin de renforcer la visibilité internationale de nos productions.

Aujourd’hui, plusieurs initiatives de coopération commencent à émerger entre différents pays africains, notamment entre la Guinée et le Sénégal, et cette dynamique représente une véritable opportunité pour l’avenir de notre industrie.

Que manque-t-il encore pour permettre aux films africains d’atteindre régulièrement la compétition officielle à Cannes ?

Amadou Oury Bah au festival de cannes 2026

Le financement demeure effectivement un enjeu majeur pour le cinéma africain.

Nous devons construire des mécanismes de financement durables et adaptés à nos réalités, afin de ne pas dépendre exclusivement des soutiens institutionnels ou extérieurs.

Cela étant dit, l’absence régulière de films africains en compétition officielle ne signifie pas un manque de qualité.

L’Afrique produit aujourd’hui des œuvres de grande valeur artistique, capables de rivaliser avec les meilleures productions internationales.

La question relève également des mécanismes de visibilité, de circulation des œuvres et du regard porté par les instances de sélection internationales.

Quelle place les plateformes numériques occupent-elles aujourd’hui dans l’évolution du cinéma africain ?

Les plateformes numériques jouent aujourd’hui un rôle essentiel dans la transformation du paysage audiovisuel africain.

Face au manque d’espaces de diffusion dans plusieurs pays, elles offrent de nouvelles opportunités de visibilité et permettent aux œuvres africaines d’atteindre des publics beaucoup plus larges, aussi bien sur le continent qu’à l’international.

Par ailleurs, les nouvelles générations de créateurs apportent une énergie, une créativité et une maîtrise des outils numériques qui participent fortement au renouvellement du cinéma africain.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes cinéastes africains ?

Je voudrais leur dire que ce rêve est possible.

Le parcours est exigeant, mais il ne faut jamais cesser de croire en sa vision, de travailler avec rigueur et de persévérer malgré les difficultés.

Le cinéma demande de la passion, de la patience et beaucoup de détermination.

L’Afrique regorge de talents et d’histoires extraordinaires. Il appartient à cette nouvelle génération de continuer à raconter le continent avec authenticité, ambition et audace.

À travers cette présence remarquée au Marché du Film de Cannes 2026, Amadou Oury Bah confirme la volonté croissante des acteurs du cinéma guinéen de participer activement aux grandes dynamiques du cinéma africain et international.

Entre ambition culturelle, structuration de l’industrie et ouverture vers les collaborations panafricaines, cette nouvelle génération de responsables culturels africains entend donner davantage de visibilité aux récits du continent sur les grandes scènes mondiales.

Cineafriquemedia — La vitrine du cinéma africain

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