HomeBlogInterviewsRÉSONANCE: « Le passé n’est pas la destination du récit, il doit permettre d’ouvrir l’avenir »

RÉSONANCE: « Le passé n’est pas la destination du récit, il doit permettre d’ouvrir l’avenir »

Résonance de Rym Maincer

À travers RÉSONANCE, la réalisatrice Rym Maincer fait dialoguer les mémoires kanak et amazighe dans une œuvre qui mêle fiction, animation, littérature, musique et intelligence artificielle. Née à Tizi-Ouzou, ayant grandi en France et installée en Nouvelle-Calédonie depuis 2010, elle livre un projet profondément marqué par les questions de mémoire, d’identité et de transmission. Dans cet entretien avec CineAfriqueMedia, elle revient sur la naissance de RÉSONANCE, son regard sur les héritages et sa volonté de donner aux nouvelles générations les moyens d’imaginer leur propre avenir.

CineAfriqueMedia : Vous êtes née à Tizi-Ouzou, avez grandi en France et vivez en Nouvelle-Calédonie depuis 2010. Comment ce parcours a-t-il façonné votre regard de réalisatrice ?

Rym Maincer : Grandir entre plusieurs cultures apprend très tôt l’altérité. Cela m’a surtout fait comprendre qu’une même histoire peut prendre des sens très différents selon le regard de celui qui la raconte.

Je suis naturellement attirée par les récits que l’on entend moins, ceux qui sont restés à la marge des récits dominants. Je ne cherche pas forcément à opposer une « bonne » version à une « mauvaise », mais plutôt à faire dialoguer plusieurs regards.

C’est aussi ce qui a rendu la notion de résonance centrale dans mon travail : une histoire peut en réveiller une autre, parfois à des milliers de kilomètres ou à plusieurs générations de distance.

Pourquoi avoir choisi de faire dialoguer les mémoires kanak et amazighe à travers Rose et Mahdi ?

RÉSONANCE est née d’un écho très personnel entre l’Algérie de 1992, que j’ai vécue enfant, et la Nouvelle-Calédonie de 2024, où ma fille avait presque le même âge que moi à cette époque.

Lorsque les événements de mai 2024 ont éclaté en Nouvelle-Calédonie, certaines interrogations anciennes sont revenues : au-delà des questions politiques et institutionnelles, quel projet de société voulons-nous construire ensemble ?

Rose et Mahdi portent deux héritages coloniaux différents. Rose est kanak, tandis que Mahdi descend d’Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie après l’insurrection kabyle de 1871. Je ne voulais ni les enfermer dans leur héritage ni établir une équivalence entre leurs histoires. Je voulais plutôt observer ce qu’une nouvelle génération pouvait construire à partir de ces mémoires.

Au fond, RÉSONANCE cherche à passer du « je » au « nous » sans effacer les « je ».

Quelle place la jeunesse occupe-t-elle dans cette réflexion ?

La jeunesse hérite de mémoires, de blessures et de revendications, mais elle hérite aussi d’une terre et d’un avenir.

Je ne souhaite pas qu’elle soit condamnée à reproduire les oppositions dont elle hérite. Au contraire, elle doit pouvoir connaître son histoire pour choisir elle-même où elle veut aller.

Dans RÉSONANCE, il ne s’agit donc pas d’oublier d’où l’on vient pour construire du commun. C’est précisément en sachant d’où l’on vient que l’on peut choisir ensemble où l’on veut aller.

Lire en anglais (AAIFF Africa 2026 Unveils Its Official Selection )

Lire aussi ( Nollywood : comment le Nigeria est devenu la deuxième puissance mondiale du cinéma )

Comment le cinéma peut-il aider les jeunes et les diasporas à se réapproprier leur mémoire ?

J’ai une conviction très forte dans le pouvoir des récits. Depuis toujours, les sociétés racontent des histoires pour transmettre, comprendre le monde et imaginer ce qu’elles pourraient devenir.

Pour RÉSONANCE, je travaille autour d’un triptyque : ressentir, comprendre, agir.

La fiction permet d’abord d’ouvrir une porte émotionnelle. On s’attache à un personnage, on partage son expérience et cette émotion peut ensuite donner envie de comprendre son histoire.

Mais connaître son passé ne doit pas conduire à recevoir une identité toute faite. Il s’agit plutôt de retrouver ce qui a été effacé pour disposer de davantage de matière afin de construire librement son identité.

Et surtout, le passé n’est pas la destination du récit : il doit permettre d’ouvrir l’avenir.

Pub Cineafriquemedia
commandez un article sur cineafriquemedia et repartez gagnants

RÉSONANCE mêle animation, littérature, musique et participation du public. Pourquoi cette approche transmédia ?

Je voulais voir ce qu’un même récit pouvait devenir lorsqu’il circulait entre plusieurs formes, sans simplement raconter plusieurs fois la même chose.

La série compte dix épisodes très courts. L’animation permet de créer une expérience émotionnelle. Les chapitres littéraires vont ensuite chercher ce que l’image ne montre pas, tandis que la musique devient une véritable voix du récit.

Le public est également invité à participer à travers des défis créatifs. Après le parcours en festivals, ces différentes dimensions convergeront vers une expérience de Live Storytelling, où le public pourra vivre collectivement l’histoire de Rose et Mahdi.

Et le récit se poursuit même après le film grâce à un Atlas citoyen, qui ouvre des pistes de réflexion autour de la mémoire, de l’identité, de la terre, de l’économie, de la technologie et de l’intelligence artificielle.

Avec l’IA, « la responsabilité reste la mienne »

Vous utilisez l’intelligence artificielle générative tout en questionnant ses biais. Comment garder la maîtrise de son récit ?

L’IA m’a permis de créer seule, dans un contexte où je n’avais pas accès aux moyens traditionnels de production. Je la considère comme un formidable outil de démocratisation de la création.

Mais plus ces outils donnent de pouvoir à une personne seule, plus la responsabilité de l’auteur devient importante.

Les modèles peuvent reproduire des représentations culturelles approximatives ou des stéréotypes. Je l’ai constaté avec les représentations kanak et kabyle, mais aussi avec les personnages féminins. Rose pouvait progressivement devenir plus sexualisée alors que je l’avais écrite comme une jeune femme forte et affirmée.

La maîtrise humaine ne consiste donc pas seulement à savoir produire une belle image ou un bon prompt. Elle consiste aussi à savoir pourquoi on refuse une proposition de la machine.

L’IA peut produire très vite, mais elle ne porte ni mon histoire, ni mes intentions, ni la responsabilité de ce que je choisis de montrer. Cette responsabilité reste la mienne.

Qu’aimeriez-vous que le public africain et les diasporas retiennent de RÉSONANCE ?

J’aimerais d’abord que RÉSONANCE contribue à changer le regard porté sur la Nouvelle-Calédonie, souvent visible dans les médias principalement à travers ses crises.

Cette terre porte aussi une histoire qui concerne directement l’Afrique. Des hommes insurgés contre l’ordre colonial en Algérie au XIXᵉ siècle y ont été déportés. L’histoire coloniale a ainsi créé, dans la violence, un pont inattendu entre l’Afrique du Nord et le Pacifique.

Mais je souhaite surtout que ce pont devienne vivant et que les créateurs africains et les diasporas investissent les nouveaux espaces numériques avec leurs histoires, leurs langues, leurs esthétiques et leurs propres regards.

Car le véritable enjeu n’est pas qu’un seul regard domine les autres. C’est de préserver une diversité de regards.

« Quel monde veux-tu habiter ? »

Avec RÉSONANCE, Rym Maincer ne cherche finalement pas à imposer une réponse. Son projet invite plutôt chacun à poursuivre la réflexion.

L’Atlas citoyen qui accompagne l’œuvre résume cette démarche autour de trois questions : Quel monde veux-tu habiter ? Qu’es-tu prêt à protéger ? Qu’es-tu prêt à transformer ?

Des questions nées en Nouvelle-Calédonie, mais qui, pour la réalisatrice, dépassent largement ce territoire. Elles touchent à notre rapport à l’histoire, à la transmission, à la terre, à la technologie et à notre capacité collective à imaginer demain.

Cineafriquemedia, la vitrine du cinéma africain

2 thoughts on “RÉSONANCE: « Le passé n’est pas la destination du récit, il doit permettre d’ouvrir l’avenir »

  1. La diversité culturelle,linguistique et le vivre ensemble harmonieux riche par des apports mutuels invitent à la réflexion , toléranc,au respect des différences , une richesse incommensurable non un handicap comme peuvent le présenter les détenteurs de l’uniformisme réducteur de la pensée unique ,inique et cynique .

  2. La diversité culturelle , linguistique et le vivre ensemble harmonieux riche par des apports mutuels invitent à la réflexion , tolérance , au respect des différences , une richesse incommensurable non un handicap comme peuvent le présenter les détenteurs de l’uniformisme réducteur de la pensée unique , inique et cynique .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cinéafriquemedia est un média dédié au cinéma Africain et à la valorisation des talents de la diaspora.

© 2022 cineafriquemedia. All Rights Reserved.