
Pendant des années, une idée s’est imposée dans les industries culturelles : l’Afrique doit raconter ses propres histoires.
Tzipporah MAYALA estime que cette bataille, aussi essentielle soit-elle, ne suffit plus.
Car une fois l’histoire racontée, une autre série de questions commence.
- Qui finance ?
- Qui possède les droits ?
- Qui distribue ?
- Qui détient les catalogues ?
- Qui conserve les œuvres ?
- Qui possède les données ?
- Et, à la fin, où va la valeur créée ?
Des questions beaucoup moins glamour qu’un tapis rouge.
Mais probablement beaucoup plus déterminantes pour l’avenir du cinéma africain.
À la tête de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain et fondatrice de L’Étoile de l’Afrique®, Tzipporah MAYALA développe depuis plusieurs années une doctrine qu’elle résume désormais en six verbes :
CRÉER → FINANCER → POSSÉDER → DOCUMENTER → DISTRIBUER → TRANSMETTRE.
Derrière cette formule se dessine surtout une ambition : faire passer la souveraineté narrative du discours culturel à la maîtrise concrète de la chaîne de valeur.
Le récit ne suffit pas
Tzipporah MAYALA ne remet évidemment pas en cause la nécessité pour les Africains de raconter leurs propres histoires.
Elle considère simplement que cette victoire peut devenir incomplète si elle s’arrête au récit.
Un film peut être écrit par un Africain, réalisé par un Africain, interprété par des Africains et tourné sur le continent.
Très bien.
Maintenant, ouvrons les contrats.
La question devient immédiatement plus intéressante.
- Qui possède le scénario ?
- Qui détient les droits d’exploitation ?
- Qui contrôle la distribution ?
- Où se trouve le master ?
- Qui possède le catalogue ?
- Qui touchera encore des revenus sur cette œuvre dans dix ou vingt ans ?
C’est précisément à cet endroit que Tzipporah MAYALA déplace le débat.
Pour elle, la souveraineté narrative ne consiste pas seulement à reprendre la parole. Elle consiste à maîtriser ce que cette parole devient lorsqu’elle entre dans une industrie.
Derrière « l’industrie africaine », des êtres humains
Ce positionnement ne naît pas uniquement d’une réflexion théorique.
Il vient aussi du terrain.
Des réalisateurs rencontrés à Kinshasa, Paris, Cannes ou ailleurs. Des producteurs qui cherchent des financements. Des auteurs qui ne savent pas toujours précisément quels droits ils cèdent. Des jeunes talents avec une idée remarquable mais aucun dossier suffisamment structuré pour franchir la porte d’un diffuseur.
Derrière les grands discours sur « l’immense potentiel des industries créatives africaines », il y a parfois un réalisateur qui cherche simplement 30 000 euros pour terminer son film.
Il y a une productrice qui a investi ses économies.
Un scénariste qui découvre le droit de la propriété intellectuelle au moment de signer son premier contrat.
Un talent qui entend qu’il lui faut davantage de « visibilité ».
Sur ce dernier mot, Tzipporah MAYALA introduit une nuance.
Être visible ne signifie pas nécessairement être puissant.
On peut être sélectionné, photographié, applaudi, invité.
Et ne rien posséder.
C’est là que sa conception du leadership prend forme : ne plus seulement ouvrir des portes aux talents africains, mais leur donner les moyens de comprendre ce qui se trouve derrière ces portes.
Six verbes pour reprendre la chaîne de valeur
La doctrine MAYALA tient donc en six actions.
Créer, parce que tout commence par l’œuvre.
Financer, parce qu’une industrie ne peut pas vivre éternellement de débrouille, de sacrifices personnels et de miracles budgétaires.
Posséder, parce que la propriété intellectuelle détermine une part essentielle de la valeur future.
Documenter, parce qu’un marché que l’on ne mesure pas reste difficile à défendre, financer et développer.
Distribuer, parce qu’un film que personne ne peut voir reste une promesse.
Transmettre, enfin, parce qu’aucune souveraineté ne peut reposer sur quelques individus.
Ces six verbes constituent moins un slogan qu’une grille de lecture.
- Créer sans financer fragilise.
- Financer sans comprendre ce que l’on cède expose.
- Posséder sans distribuer immobilise.
- Produire sans documenter rend invisible.
- Distribuer sans conserver peut effacer la mémoire.
Et ne pas transmettre condamne chaque génération à recommencer la précédente.
Elle ne prône pas le repli. Au contraire.
Le mot « souveraineté » peut parfois susciter un malentendu.
Tzipporah MAYALA ne défend pas une industrie africaine enfermée sur elle-même.
Son parcours et les partenariats qu’elle construit disent même exactement l’inverse.
Elle travaille à connecter l’Afrique, l’Europe et les diasporas, à rapprocher talents, écoles, diffuseurs, institutions, producteurs et décideurs.
Son principe est simple : la coopération internationale n’est pas une menace.
Le déséquilibre dans la négociation, lui, peut l’être.
Un financement étranger n’est pas une dépossession parce qu’il est étranger.
Un diffuseur international n’est pas un adversaire parce qu’il est international.
Mais lorsque celui qui apporte l’histoire connaît moins bien ses droits, son marché et la valeur de son œuvre que celui qui arrive avec le financement, le rapport de force est déjà installé.
Et parfois, il n’y a même pas besoin de grande théorie postcoloniale.
Il suffit d’un contrat de vingt pages et de quelqu’un qui ne l’a pas suffisamment lu.
Transformer une pensée en infrastructures
C’est probablement ici que le leadership de Tzipporah MAYALA devient le plus intéressant.
Elle ne cherche pas seulement à défendre un concept.
Elle construit progressivement les outils qui doivent permettre de l’appliquer.
Avec L’Étoile de l’Afrique®, elle travaille sur l’identification, la professionnalisation et la mise en réseau des talents et professionnels.
Avec l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain, elle s’attaque à un autre enjeu : la donnée.
- Combien de films sont produits ?
- Combien de salles fonctionnent réellement ?
- Quels sont les mécanismes de financement ?
- Quels diffuseurs structurent les marchés ?
- Quels dispositifs de formation existent ?
- Comment circulent les œuvres ?
Quels pays disposent de données fiables et lesquels demeurent encore insuffisamment documentés ?
Car celui qui ne connaît pas son marché négocie nécessairement avec un handicap.
Avec la Méthode MAYALA®, elle ajoute la transmission et la professionnalisation.
Avec Maya OS, elle explore l’intégration de l’intelligence artificielle et des nouveaux outils dans cette transformation.
Et avec le Sommet de la Souveraineté Narrative, elle veut installer un espace où ces questions puissent être discutées avec ceux qui détiennent une partie des leviers : institutions, diffuseurs, producteurs, écoles, investisseurs, professionnels et décideurs.
La logique devient lisible :
structurer, mesurer, former, outiller, connecter.
Autrement dit : passer du manifeste à l’infrastructure.
Et puis il y a la mémoire
Dans cette réflexion, un sujet revient avec insistance chez Tzipporah MAYALA : les catalogues.
- Où seront les films africains produits aujourd’hui dans trente ans ?
- Qui conserve les masters ?
- Qui connaît l’état des droits ?
- Quelles œuvres pourront être restaurées ?
- Quels catalogues pourront être transmis, étudiés, rediffusés ou valorisés ?
L’industrie mondiale a compris depuis longtemps qu’un catalogue est à la fois un patrimoine culturel et un actif économique.
En Afrique, la question devient urgente.
Il faudra donc probablement apprendre à regarder certains vieux disques durs avec un peu plus de considération.
Ils contiennent peut-être une partie du patrimoine cinématographique de demain.
Une nouvelle génération de leadership culturel

Le parcours de Tzipporah MAYALA révèle finalement quelque chose de plus large.
Une nouvelle génération d’acteurs culturels africains ne veut plus choisir entre création et économie, entre culture et technologie, entre Afrique et international, entre artistes et institutions.
Elle veut circuler entre ces mondes.
Tzipporah MAYALA s’inscrit précisément à cette intersection : cinéma, données, formation, intelligence artificielle et diplomatie culturelle.
Son leadership ne consiste donc pas seulement à prendre la parole au nom d’une souveraineté narrative.
Il consiste à essayer de créer les conditions pour qu’elle devienne praticable.
Avec une conviction : le talent africain n’a pas besoin qu’on lui explique qu’il a du talent.
Il a besoin d’écosystèmes suffisamment solides pour transformer ce talent en œuvres, ces œuvres en patrimoine et ce patrimoine en valeur durable.
Après « Qui raconte l’Afrique ? »
Pendant longtemps, la grande question fut :
« Qui raconte l’Afrique ? »
Elle reste essentielle.
Mais Tzipporah MAYALA en pose désormais une seconde, beaucoup moins confortable :
« Qui possède ce que l’Afrique raconte ? »
Parce qu’on peut raconter son histoire et perdre ses droits.
On peut produire et ne jamais distribuer.
On peut être célébré et rester économiquement fragile.
On peut créer des milliers d’œuvres et ne pas construire de patrimoine.
On peut même devenir extrêmement visible.
La visibilité, malheureusement, ne figure toujours pas à l’actif d’un bilan comptable.
La souveraineté narrative telle que la conçoit Tzipporah MAYALA commence donc après le slogan.
Elle commence lorsqu’un créateur sait ce qu’il possède.
- Lorsqu’un producteur sait ce qu’il négocie.
- Lorsqu’une institution connaît son marché.
- Lorsqu’un pays connaît son patrimoine.
- Et lorsqu’une génération peut transmettre à la suivante autre chose que la nécessité de tout recommencer.
Raconter l’Afrique était une conquête. Posséder, documenter et transmettre ce qu’elle raconte pourrait bien être la prochaine.
Cineafriquemedia, la vitrine du cinéma africain