HomeBlogCinema AfricainTzipporah MAYALA : le cinéma africain avait beaucoup de commentaires. Il lui manquait ses propres données.

Tzipporah MAYALA : le cinéma africain avait beaucoup de commentaires. Il lui manquait ses propres données.

Le cinéma Africain avec Tzipporah Mayala

Parler du cinéma africain est devenu tendance. Le mesurer, le documenter et construire depuis le continent une véritable intelligence économique du secteur est une autre histoire. C’est précisément sur ce terrain que Tzipporah MAYALA a choisi de s’engager, avec la création de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain, développé entre Paris et Brazzaville.

Le cinéma africain ne manque pas d’observateurs

Il manque surtout d’outils pour s’observer lui-même.

Depuis des années, on explique à l’Afrique son potentiel. On lui annonce régulièrement qu’elle constitue « le marché de demain ». On organise des panels sur son avenir. On photographie ses talents. On applaudit ses films dans les festivals.

Puis vient une question légèrement moins festive :

Combien vaut réellement son marché audiovisuel ?

Silence dans la salle.

Combien de sociétés de production sont actives ? Quels dispositifs de financement existent, pays par pays ? Quels textes encadrent le secteur ? Combien d’écrans ? Quels diffuseurs ? Quelles audiences ? Quels investissements ? Quels mécanismes fiscaux ? Quels studios ? Quels flux de coproduction ?

Et surtout : où sont les données permettant de répondre sérieusement à toutes ces questions ?

Étrangement, le fameux « continent de demain » devient alors beaucoup plus difficile à documenter.

C’est de cette contradiction qu’est né l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain, fondé et dirigé par Tzipporah MAYALA, entre Paris et Brazzaville.

Et puisqu’une idée devient généralement beaucoup plus intéressante dès qu’elle commence à fonctionner, autant préciser un détail : oui, elle en est bien la fondatrice.

Cela évitera quelques confusions futures.

Arrêter de piloter un continent à l’intuition

L’Observatoire part d’une conviction simple, mais qui bouscule certaines habitudes : une politique audiovisuelle ne devrait pas être construite à partir d’impressions.

  • Pas plus qu’une stratégie d’investissement.
  • Ni une politique de coproduction.
  • Ni une stratégie de distribution.
  • Il faut des données.
  • Mais pas seulement des données.

Il faut également savoir d’où elles viennent, qui les produit, comment elles sont actualisées et ce qu’elles signifient réellement sur le terrain.

C’est là que l’approche portée par Tzipporah MAYALA prend une dimension particulière.

L’Observatoire associe veille automatisée, intelligence artificielle, données structurées, sources institutionnelles, documentation économique et juridique, cartographies, qualification humaine et remontées de données issues du terrain.

La technologie collecte et organise.

Les humains vérifient, contextualisent et interprètent.

Car une intelligence artificielle peut parfaitement trouver l’existence d’un fonds de soutien.

Elle aura un peu plus de mal à vous expliquer pourquoi personne n’arrive à obtenir quelqu’un au téléphone depuis six mois.

Bienvenue dans la data organique.

Celle qui ne figure pas toujours dans les rapports PDF de 184 pages.

Celle que connaissent les producteurs, les institutions, les professionnels, les correspondants locaux et ceux qui travaillent réellement dans les écosystèmes concernés.

L’enjeu est donc de connecter ces deux mondes : la donnée officielle et la réalité opérationnelle.

Paris pour connecter, Brazzaville pour ancrer

Le développement de l’Observatoire entre Paris et Brazzaville n’est pas qu’une question de géographie.

Il traduit une vision.

Paris constitue un espace stratégique de diplomatie culturelle, de coopération, de financement, de formation et de connexion avec les industries européennes et les diasporas.

Brazzaville permet un autre ancrage : celui du continent et de ses réalités.

Car l’Afrique ne peut pas être uniquement une zone que l’on étudie depuis l’extérieur.

Elle doit aussi être un lieu où se produit la connaissance sur elle-même.

L’Observatoire se pense ainsi autour de trois espaces : Afrique, Europe et diasporas.

Trois territoires fortement liés par la circulation des œuvres, des capitaux, des compétences, des professionnels et des récits.

54 pays, donc 54 réalités

Il y a une autre habitude que l’Observatoire invite à remettre en question : parler du « cinéma Africain » comme s’il s’agissait d’un marché unique.

Il existe 54 États.

  • Donc des législations différentes.
  • Des politiques publiques différentes.
  • Des mécanismes de financement différents.
  • Des infrastructures différentes.
  • Des marchés publicitaires différents.
  • Des langues différentes.
  • Des usages audiovisuels différents.

Et parfois, reconnaissons-le, des statistiques qui semblent elles-mêmes avoir demandé l’asile politique.

Le travail consiste précisément à documenter ces réalités pays par pays, puis à permettre leur lecture comparative.

Institutions, réglementations, fonds, entreprises, diffuseurs, infrastructures, production, audiences, circulation des œuvres : progressivement, ces données doivent permettre de dresser une cartographie exploitable des industries audiovisuelles africaines.

Pas une encyclopédie. Un outil de décision.

La souveraineté narrative ne commence pas seulement dans les scénarios

C’est probablement ici que le projet devient le plus intéressant.

Tzipporah MAYALA travaille autour d’une notion devenue centrale dans sa démarche : la souveraineté narrative.

On pourrait croire qu’elle concerne uniquement la représentation.

  • Qui raconte l’Afrique ?
  • Quels personnages montre-t-on ?
  • Quelles histoires produit-on ?
  • Quelles images de nos sociétés circulent dans le monde ?

Ces questions sont essentielles.

Mais il en existe une autre, située presque un étage plus bas :

Qui produit la connaissance économique permettant de comprendre ce secteur ?

Car celui qui fabrique les indicateurs contribue à fabriquer la perception.

Et celui qui fabrique la perception peut influencer les décisions.

  • Investissements.
  • Politiques publiques.
  • Financements.
  • Coproductions.
  • Distribution.
  • Implantations.

Un continent qui revendique sa souveraineté narrative tout en laissant systématiquement d’autres produire, agréger et interpréter les données de ses propres industries culturelles n’a donc accompli que la moitié du chemin.

La souveraineté narrative commence dans les histoires. Elle se poursuit dans les données.

Oui, c’est moins romantique.

Mais même Wakanda aurait probablement un département statistiques.

Lire aussi (À L’ESRA Beaugrenelle, une nouvelle page du cinéma africain s’écrit. )

Une mémoire collective à construire

Toute innovation connaît généralement trois étapes.

D’abord :

« C’est ambitieux. »

Ensuite :

« C’est intéressant. »

Puis arrive généralement la troisième :

« Nous travaillions justement sur quelque chose de similaire. »

C’est à ce moment-là que les archives deviennent particulièrement utiles.

L’Observatoire de l’Audiovisuel Africain porte aujourd’hui une architecture identifiée : un modèle associant automatisation, intelligence artificielle, données structurées, expertise humaine et remontées du terrain.

Son ambition est également claire : contribuer à une meilleure connaissance des écosystèmes audiovisuels africains et de leurs relations avec l’Europe et les diasporas.

Cela ne signifie évidemment pas que personne d’autre ne peut travailler sur les données culturelles africaines.

Au contraire.

Plus il y aura d’initiatives sérieuses, mieux ce sera pour le secteur.

Mais dans un continent où les projets naissent parfois plus vite que les archives, documenter la genèse d’une initiative devient aussi une manière de préserver une mémoire professionnelle.

Coopérer, oui. Disparaître, non.

Le message porté par Tzipporah MAYALA n’est donc pas celui d’un territoire fermé.

L’Observatoire a vocation à travailler avec les États, les institutions, les professionnels, les chercheurs, les écoles, les chaînes, les plateformes, les investisseurs, les collectivités et les partenaires internationaux.

  • Partager la connaissance.
  • Créer des coopérations.
  • Faire circuler les données.
  • Former.
  • Cartographier.
  • Comparer.
  • Éclairer les décisions.

Mais coopérer ne signifie pas devenir invisible dans sa propre invention.

Tzipporah MAYALA assume donc pleinement la fondation de l’Observatoire de l’Audiovisuel Africain et la vision qui l’accompagne.

Son modèle, développé entre Paris et Brazzaville, repose sur une articulation entre technologie et terrain : intelligence artificielle, veille, données structurées, qualification humaine et data organique.

L’objectif est ambitieux : mieux comprendre les réalités audiovisuelles africaines, pays par pays, et transformer cette connaissance en intelligence utile aux professionnels et aux décideurs.

Et si l’Afrique produisait enfin ses propres instruments de mesure ?

Au fond, la question posée par l’Observatoire dépasse largement les chiffres.

L’Afrique n’a pas besoin qu’on lui répète éternellement qu’elle possède un potentiel.

Elle a besoin de savoir précisément ce qu’elle possède, ce qu’elle produit, ce qu’elle finance, ce qu’elle regarde, ce qu’elle exporte, ce qu’elle perd et ce qu’elle peut construire.

C’est là que le projet prend toute sa portée.

Parce qu’une industrie ne se construit pas uniquement avec des talents.

Elle se construit aussi avec des informations fiables, des infrastructures, des stratégies, des financements et une capacité à comprendre son propre marché.

Le cinéma africain a longtemps été commenté.

Il est peut-être temps qu’il soit mesuré par ceux qui le vivent, documenté depuis le continent et pensé avec ses propres données.

Et quant à ceux qui découvriront demain une soudaine passion pour la veille audiovisuelle panafricaine, la data organique et les observatoires augmentés par l’intelligence artificielle…

Les partenariats sont ouverts.

Le copier-coller, beaucoup moins.

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